JO-2026: skier sans ligament croisé, le pari osé de Lindsey Vonn
Malgré une rupture du ligament croisé de son genou gauche, l'Américaine Lindsey Vonn veut prendre le départ de la descente des JO-2026 de Milan Cortina dimanche, un pari osé mais pas surprenant pour le corps médical venant d'un phénomène du ski, habituée aussi à gérer des blessures graves.
. A quoi sert le ligament croisé antérieur?
"Le ligament croisé antérieur, c'est une pièce essentielle de la tenue du genou, particulièrement quand vous faites du ski: vous avez le genou à 90 degrés et votre ski a tendance à entraîner une rotation de votre tibia", détaille Stéphane Bulle, le médecin des équipes de France de ski alpin.
"Quand on n'en a plus, renchérit le docteur Bertrand Sonnery-Cottet, chirurgien orthopédique qui a opéré de nombreux footballeurs et skieurs, le risque le plus important, c'est que le genou devienne instable et que le tibia se déboîte en dessous du fémur en entraînant des lésions secondaires".
Mais cette blessure ne perturbe pas toujours le quotidien et n'induit pas forcément une intervention chirurgicale, comme c'est précisément le cas de Vonn.
Sa décision, le Dr Bulle la comprend: "Vous êtes à la veille des JO, vous avez une skieuse qui se pète les croisés, elle est en fin de carrière, ce sont ses derniers Jeux, bien sûr que je mettrais tout en place pour l'accompagner dans cette décision-là si je pense que médicalement parlant, c'est faisable."
. Comment Vonn se soigne-t-elle?
En plus de cette rupture du ligament croisé antérieur, Vonn, 41 ans, souffre depuis sa chute lors de la descente de Crans-Montana (Suisse) d'une contusion osseuse et d'une lésion du ménisque.
"La toute première chose à faire, explique Stéphane Bulle, c'est faire dégonfler le genou (...) Les soins, c'est de la rééducation, pas très compliquée en soi."
"Il faut aussi faire du travail de renforcement musculaire avec de l'électro-stimulation", ajoute le Dr Sonnery-Cottet.
Pour son premier test - prévu désormais vendredi après l'annulation de l'entraînement de jeudi en raison des fortes chutes de neige -, Vonn sera équipée d'une attelle: "c'est une genouillère articulée qui stabilise le genou en latéral et empêche la translation du tibia par rapport au fémur, ça marche bien", assure Stéphane Bulle.
. Que peut espérer Vonn?
Si ni l'un ni l'autre n'ont accès à son dossier médical, ni ne l'ont jamais soignée, les Dr Bulle et Sonnery-Cottet se gardent bien de présenter le dernier défi de la championne olympique 2010 de descente et quadruple lauréate de la Coupe du monde, comme sans espoir.
"Elle est tellement étonnante depuis le début de sa carrière, tout est possible avec elle (...) Si elle dit qu'elle se sent bien, c'est qu'il y a un vrai truc à jouer", note le médecin des Bleus.
"Ce n'est pas impossible qu'elle puisse finir championne olympique. Vu le parcours mental de cette athlète, c'est tout à fait jouable", renchérit le Dr Sonnery-Cottet.
Car si le genou gauche de Vonn est touché, c'est sa tête qui peut faire la différence: elle a fait preuve d'une incroyable résilience tout au long de sa carrière face aux nombreuses blessures, notamment au genou droit où elle s'est fait poser une prothèse partielle en titane avant de reprendre sa carrière l'hiver dernier après presque six ans d'arrêt.
"Des athlètes qui ont été blessés et qui sont revenus à leur meilleur niveau ont cette dimension mentale. Ils ont cette certitude qu'ils pourront revenir parce qu'ils l'ont déjà fait", insiste Stéphane Bulle.
. Y a-t-il des précédents?
Vonn elle-même a remporté une médaille de bronze lors de ses derniers Championnats du monde, en 2019, en étant blessée à un genou (rupture du ligament collatéral latéral).
Mais l'exemple le plus retentissant est français: le spécialiste de snowboardcross Pierre Vaultier, médaillé d'or aux Jeux de Sotchi avec la même blessure que l'Américaine. "Il s'est blessé en décembre 2013, a décidé de ne pas se faire opérer et est devenu champion olympique en février 2014", rappelle le Dr Sonnery-Cottet.
"Quand vous regardez son parcours, il avait remporté la Coupe du monde plusieurs fois mais n'arrivait jamais à être performant aux JO et là, blessé il a eu comme un déclic. Il m'a expliqué après qu'il s'était dit: 'Il n'y a rien à perdre', ce qui lui a permis de gagner."
F.Gentile--GdR