Canada : l'Alberta vote très largement contre l'organisation d'un référendum d'indépendance
Les habitants de la riche province pétrolière de l'Alberta se sont massivement opposés lundi à l'organisation d'un futur référendum sur leur séparation du Canada, selon les chaînes CBC et CTV, une victoire pour le Premier ministre Mark Carney qui s'est personnellement impliqué dans la campagne.
Lors de ce scrutin test pour l'unité du pays en pleine guerre commerciale avec Washington, les électeurs de cette province de l'ouest avaient deux options sur leur bulletin de vote : rester au sein du Canada ou confier à leur gouvernement provincial le mandat pour organiser un référendum contraignant sur l'indépendance.
Selon de premières projections publiées par les chaînes publique CBC et privée CTV, les soutiens du maintien au sein du Canada l'ont très largement emporté avec plus de 76 % des suffrages, tandis que les partisans d'un référendum promu par le mouvement séparatiste ont récolté environ 23 % des voix.
Ce résultat est une victoire pour Mark Carney, qui a grandi dans l'Alberta et a parcouru la semaine dernière la province pour appeler les partisans de l'unité du pays à se mobiliser en masse. "Le Canada mérite qu'on se batte pour lui (...) Votez pour le Canada", avait-il encore dit lundi.
L'issue du scrutin est en ligne avec les enquêtes d'opinion qui plaçaient le soutien à la sécession à moins de 25 %.
"Nous ne sommes pas ce soir à la ligne d'arrivée. Nous avons réveillé quelque chose dans cette province et cet esprit n'est pas près de disparaître", a assuré, avant ces premières estimations, Mitch Sylvestre, l'un des dirigeants du mouvement séparatiste devant ses partisans réunis à Edmonton.
- Intérêt de l'administration Trump -
Marginal il y a encore quelques années, le mouvement séparatiste a suscité l'intérêt de l'administration Trump - qui menace régulièrement d'annexer le Canada - et de ses alliés.
Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a qualifié en début d'année l'Alberta de "partenaire naturel" pour les États-Unis, tandis que les indépendantistes ont été reçus au département d'État.
Le multimilliardaire Elon Musk a lui plaidé début octobre pour la sécession de la province.
L'Alberta dispose, avec ses gisements de sables bitumineux, des quatrièmes réserves mondiales prouvées de pétrole.
Ces richesses sont au centre des revendications des séparatistes qui affirment que l'État fédéral a étouffé l'industrie pétrolière avec ses réglementations environnementales, en particulier durant le mandat de l'ex-Premier ministre Justin Trudeau.
Rompant avec ce dernier, Mark Carney s'est rapproché des autorités de l'Alberta et a accéléré la construction d'un nouvel oléoduc vers la côte Pacifique.
Ce projet, qui doit permettre d'exporter le pétrole de l'Alberta en Asie, est l'un des piliers de sa stratégie visant à réduire la dépendance du Canada à l'égard des États-Unis.
- Le Brexit en tête -
David Gallagher, 58 ans, a voté lundi pour rester au sein du Canada et "arrêter" les séparatistes. "Aucun de leurs arguments n'a de sens", a-t-il dit à Edmonton.
Même s'il ne veut pas que l'Alberta devienne indépendante, Hayden Chann, étudiant de 21 ans, a soutenu en revanche l'organisation d'un référendum "afin de donner le choix au peuple".
En mai, le mouvement séparatiste était parvenu à recueillir suffisamment de signatures pour déclencher un référendum d'initiative populaire sur l'indépendance, avant qu'un juge local ne l'annule pour des motifs constitutionnels.
Mais la dirigeante conservatrice de la province, Danielle Smith - opposée à l'indépendance mais dont le parti compte des séparatistes dans ses rangs - a décidé d'organiser sa propre consultation.
La décision de Danielle Smith de faire voter les Albertains, afin d'apaiser la frange séparatiste de son parti, a été comparée par des analystes au pari fait par le gouvernement britannique avec le référendum sur le Brexit de 2016.
Mark Carney, qui était alors à la tête de la Banque d'Angleterre, avait mis en garde les Albertains contre un "bluff dangereux". Durant les années qui ont suivi le Brexit, "une énorme incertitude a régné, les investissements se sont arrêtés", avait-il rappelé.
Au-delà de l'Alberta, M. Carney est confronté à d'autres velléités indépendantistes dans la province francophone du Québec où le Parti québécois, qui a remporté les élections début octobre, promet un nouveau référendum d'indépendance.
P.Sartori--GdR