Conflit en Ethiopie: Washington appelle à la retenue, mini-sommet attendu en Egypte
Les États-Unis ont lancé un appel à la retenue et au dialogue dans la Corne de l'Afrique, où l'Éthiopie accuse l'Érythrée voisine de soutenir la rébellion dans le Tigré (nord), alors que les dirigeants érythréen, égyptien, somalien et le chef de l'armée soudanaise se réunissent dimanche en Egypte.
"Les tensions frontalières accrues entre l'Éthiopie et l'Érythrée ont le potentiel d'affecter toute la région. La Corne de l'Afrique ne peut subir d'autre conflit militaire et crise humanitaire", a écrit le département d'État américain dans un communiqué.
"Nous appelons fermement l'Éthiopie et l'Érythrée à respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de leurs voisins, d'exercer la retenue maximale et de revenir au dialogue", a-t-il ajouté.
Une source diplomatique a confié à l'AFP qu'un mini-sommet réunira dimanche à Alamein, en Egypte, les présidents égyptien Abdel Fattah al-Sissi, érythréen Issaias Afeworki et somalien Hassan Sheikh Mohamud, ainsi que le chef des Forces armées soudanaises (SAF) Abdel Fattah al-Burhane.
L'Éthiopie accuse l'Érythrée, l'Égypte et les SAF de soutenir le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), sur fond de rivalités régionales dans la Corne de l'Afrique, autour notamment de la mer Rouge, voie maritime stratégique.
L'Éthiopie est de son côté accusée de servir de plateforme de soutien aux paramilitaires des Forces de soutien rapides (FSR) que les SAF affrontent depuis 2023 au Soudan. L'Égypte considère son grand barrage sur le Nil (Gerd) comme une "menace existentielle", et le gouvernement somalien voit d'un mauvais œil son rapprochement avec le Somaliland, région de Somalie autoproclamée indépendante depuis 1991.
- "Hostilité et belligérance" -
Vendredi, l'Éthiopie a accusé l'Érythrée d'actes "d'hostilité et de belligérance", fermé son ambassade à Asmara et sommé l'ensemble des dix diplomates érythréens en poste à Addis Abeba de quitter le pays, Asmara répondant en rompant les relations diplomatiques.
L'Éthiopie a déclaré le même jour un diplomate égyptien persona non grata, entraînant une mesure égyptienne similaire.
Quelques heures auparavant, des explosions, causée par des drones selon des observateurs, avaient touché deux bâtiments de l'armée à Addis Abeba, cible pour la première fois depuis longtemps d'une action militaire.
Après des mois de tensions, les combats ont repris fin septembre dans le nord de l'Éthiopie entre d'une part l'armée fédérale, et d'autre part le TPLF, qui dirigeait de fait le Tigré depuis avril, et les milices Fano de l'État voisin de l'Amhara.
Les troupes fédérales éthiopiennes sont entrées samedi dans Mekele, la capitale du Tigré largement abandonnée plus tôt par les forces des autorités régionales rebelles, a indiqué à l'AFP une source humanitaire.
En avril, le TPLF, qui a dirigé l'Éthiopie durant près de trois décennies jusqu'en 2018, avait chassé du Tigré l'administration nommée par le gouvernement fédéral, défiant à nouveau ouvertement l'autorité du Premier ministre Abiy Ahmed.
Dans la matinée un journaliste local à Mekele avait indiqué à l'AFP que "les dirigeants et troupes du TPLF" quittaient la ville, à mesure que se rapprochaient les troupes fédérales. Les bâtiments officiels et postes de police sont désormais sans surveillance et des membres des forces du TPLF "sont vus quittant la ville, avec leurs armes", avait décrit ce journaliste dans un message à l'AFP.
Il n'était pas joignable dans l'immédiat, ni aucune autre source sur place, les réseaux de télécommunications étant extrêmement perturbés au Tigré depuis la reprise des hostilités, ce qui rend le peu d'informations qui filtrent difficiles à vérifier.
- Basculement vers la guérilla -
Ni le porte-parole des ENDF (Forces de défense nationale éthiopiennes), ni celle du Premier ministre fédéral Abiy Ahmed n'ont répondu dans l'immédiat aux sollicitations de l'AFP.
Dans une vidéo publiée jeudi soir, le président du TPLF Debretsion Gebremichael avait semblé acter les revers de ses troupes et prôner un basculement vers la guérilla.
"Notre stratégie est de frapper l'ennemi où nous voulons", a-t-il déclaré, rappelant que le TPLF avait déjà chassé "dans le passé" les forces gouvernementale hors du Tigré "en huit mois". "Nous les vaincrons à nouveau, ce n'est qu'une question de temps", a-t-il assuré.
En novembre 2020, l'armée fédérale avait pris Mekele en trois semaines lors d'une offensive-éclair contre le TPLF qu'elle accusait d'avoir attaqué des camps militaires au Tigré.
Retranché dans les montagnes, le TPLF, après plusieurs mois de guérilla, avait lancé en juin 2021 une offensive et repris Mekele en dix jours, puis l'essentiel du Tigré en un mois.
Les forces tigréennes avaient été stoppées par des drones à environ 200 km d'Addis Abeba et s'étaient repliées au Tigré, soumis durant de longs mois à un siège de fait par les forces fédérales.
Un accord avait fait taire les armes fin 2022, mais plusieurs dispositions-clés n'ont jamais été mises en œuvre, alimentant les tensions.
C.Neri--GdR