Les profits de TotalEnergies s'envolent avec la flambée des prix des hydrocarbures
TotalEnergies a publié mercredi des résultats en très forte hausse au premier trimestre, dans le sillage de la flambée des prix des hydrocarbures liée au conflit au Moyen-Orient, qui a alimenté selon les associations des "profits de guerre".
Le bénéfice trimestriel du géant français pétrogazier a bondi à 5,8 milliards de dollars (4,96 milliards d'euros), en hausse de 51% sur un an, illustrant sa "capacité à capturer la hausse des prix", a déclaré son PDG, Patrick Pouyanné, cité dans un communiqué.
Le groupe français, 4e compagnie pétrolière occidentale en chiffre d'affaires, fait encore mieux que début 2022 dans la foulée du déclenchement de la guerre en Ukraine.
"Les profits de guerre de TotalEnergies mettent en lumière notre dépendance persistante aux énergies fossiles, dont la flambée des prix profite une nouvelle fois aux actionnaires, au détriment des consommateurs", a réagi Antoine Bouhey, coordinateur de campagne à Reclaim Finance. Greenpeace France a dénoncé une "logique cynique" alors que "les ménages paient le prix fort à la pompe".
Quatre ans après le début du conflit en Ukraine, et malgré la guerre au Moyen-Orient qui a mis à l'arrêt une partie de ses sites dans le Golfe, le groupe est parvenu à stabiliser sa production grâce aux démarrages et à la montée en puissance de nouveaux projets au Brésil et en Libye, où il produit des barils très rentables qu'il a pu valoriser à des prix élevés. Hors impact au Moyen-Orient, sa production a augmenté de 4%.
Déclenchée le 28 février par l'offensive des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran, la guerre au Moyen-Orient a entraîné en réaction le blocage par Téhéran du détroit d’Ormuz, corridor stratégique où transitent habituellement environ 20% du pétrole et du gaz mondiaux, ce qui a provoqué une chute brutale de l'approvisionnement et une flambée des prix, aussi marqués par une forte volatilité.
Dans le détail, le groupe a profité d'une hausse de 12% de sa production de gaz naturel liquéfié (GNL), surtout en Australie et en Malaisie, alors que la production de gaz moyen-oriental est fortement perturbée.
- Raffinage à plein régime -
Ses unités de raffinage ont par ailleurs tourné à plein régime, avec un taux d’utilisation à plus de 90%, "capturant ainsi les marges exceptionnelles au mois de mars", au moment où les cours des produits raffinés s'envolaient, a souligné le groupe.
Au-delà de leur forte hausse, les cours du gaz et du pétrole ont également fortement fluctué, le pétrole tutoyant même avec les 120 dollars le baril courant mars, au premier mois de la guerre, ce qui a aussi permis aux "traders" de TotalEnergies d'engranger des gains.
Ils ont ainsi "tiré parti de la volatilité des marchés" dans les activités de négoce (achat-vente) de GNL, tandis qu'ils ont réalisé "une très forte performance" dans le négoce pétrolier, selon le groupe.
Début avril, le Financial Times avait révélé que TotalEnergies avait généré plus d'un milliard de dollars de gains en achetant au Moyen-Orient la quasi-totalité des cargaisons de pétrole exportables, sans passer par le détroit d'Ormuz.
Cette opération hors norme n'a pas été démentie par l'entreprise, qui avait seulement dit devoir "sécuriser ses approvisionnements".
Elle va désormais pouvoir compter sur le redémarrage partiel de la raffinerie Satorp en Arabie saoudite, mise à l'arrêt après des frappes au début du mois.
Fort de ces performances du premier trimestre, le groupe a décidé de gratifier ses actionnaires avec un dividende en hausse 5,9%, à 0,90 euro par action contre 0,85 euro jusqu'ici. C'est la "plus forte croissance de dividende parmi les majors pétrolières", s'est-il félicité.
Mardi, la compagnie britannique BP avait ouvert la saison des résultats des "majors" pétrolières occidentales en présentant elle aussi un bénéfice net trimestriel en forte hausse, à 3,8 milliards de dollars, porté par les gains issus de son activité de négoce pétrolier.
Le contexte de flambée des prix a relancé le débat politique en Europe sur la taxation des superprofits pétroliers, idée à laquelle le Premier ministre français Sébastien Lecornu a dit début avril ne pas avoir "d'objection de principe".
Il faisait alors référence à l'initiative prise par cinq pays européens (Espagne, Autriche, Allemagne, Italie et Portugal) qui appellent à taxer les bénéfices exceptionnels réalisés par les entreprises du secteur énergétique en raison du conflit au Moyen-Orient, comme en 2022 après l'invasion de l'Ukraine.
F.De Luca--GdR