Singapour, la "nation de la climatisation", cherche des alternatives pour se rafraîchir
Longtemps surnommée la "nation de la climatisation", Singapour expérimente des solutions alternatives afin de freiner sa dépendance à l'air conditionné, grand consommateur d'énergie.
La cité-État affiche le taux de climatiseurs par habitant le plus élevé d'Asie du Sud-Est (99 % des logements privés).
Le secteur local du bâtiment représente un cinquième des émissions du pays, et le refroidissement absorbe à lui seul 40 à 60 % de l'énergie d'un bâtiment, selon plusieurs études.
À Orchard Road, des jets d'air frais se déversent dans la rue au passage des riverains. Mais les compresseurs rejettent de l'air chaud et l'électricité utilisée alimente le changement climatique si elle provient d'énergies fossiles.
- Bureau silencieux -
Pour réduire cette facture énergétique, certains immeubles de Singapour envisagent d'autres solutions, notamment les "poutres froides à induction", des panneaux perforés équipés de serpentins et fixés au plafond.
De l'eau refroidie à 9 °C y circule, tandis que des jets d'air aspirent l'air chaud de la pièce pour le refroidir avant de le redistribuer.
C'est ce système qui maintient à 24 °C les bureaux du Paya Lebar Green. Une équipe de l'AFP a pu constater un air nettement plus frais et une absence totale du bourdonnement des climatiseurs traditionnels.
Lorsque Renuga Shekar, spécialiste des ressources humaines, y a posé ses cartons en novembre dernier, cette femme de 30 ans et ses collègues pensaient d'abord que les tuyaux et les panneaux apparents au plafond donnaient un "aspect d'entrepôt".
"Nous n'y avons pas vraiment prêté attention. Personne n'a vraiment fait de commentaire à ce sujet", a-t-elle déclaré à l'AFP.
Ce n'est que quelques mois plus tard, après avoir remarqué à quel point le bureau était silencieux et entendu des techniciens mentionner les "poutres froides à induction" lors d'une intervention d’entretien, qu'ils ont compris que le local en était équipé.
"Nous ne nous étions même pas rendu compte à quel point ce système de climatisation était différent, car il fonctionnait de manière très discrète, et en termes de température, il était idéal pour tout le monde au bureau", a-t-elle ajouté.
Ce système a permis de réduire la consommation de plus de 30 % par rapport à une climatisation classique, selon DP Architects, les concepteurs du Paya Lebar Green.
L'autorité portuaire de Singapour, situé dans le port de Tuas, dans l'ouest de la ville, utilise un système similaire.
- "Changement de mentalité" -
Une autre alternative est la réfrigération passive par rayonnement, dans lequel de l'eau refroidie entre 14 et 18 °C circule dans des panneaux pour absorber la chaleur ambiante.
Une étude gouvernementale de 2024 a identifié les technologies de refroidissement alternatives comme une stratégie clé, estimant qu'"elles pourraient permettre à la ville d'économiser jusqu’à 48 % d’énergie.
À la mi-2026, au moins 33 bâtiments publics et 14 bâtiments privés avaient adopté ces technologies, ont indiqué les autorités chargées du bâtiment à Singapour, la cité-État s'étant fixé l'objectif ambitieux d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050.
Ces chiffres restent relativement modestes par rapport à l'ampleur de la généralisation de la climatisation à Singapour.
Les partisans de ces systèmes reconnaissent que leur installation coûte plus cher que celle d'une climatisation classique, mais affirment que cet écart est largement compensé à long terme par des coûts d'exploitation bien inférieurs grâce à d'importantes économies d’énergie.
L'alternative la plus populaire reste le refroidissement hybride : il s'agit simplement de régler la climatisation à une température plus élevée, comprise entre 25,5 et 27 °C, et de l'associer à des ventilateurs.
"Tout le monde est davantage habitué à des bureau climatisés, pour qu'ils acceptent soudainement une température de 26 degrés, je pense que le changement de mentalité n'a pas encore atteint le seuil où cela serait généralement accepté", a dit Chua Zi Jun, directeur chez DP Architects.
Les systèmes de climatisation traditionnels reposent sur le principe de la compression de vapeur, utilisant des fluides frigorigènes pour transférer la chaleur d'un endroit à un autre.
Les technologies de réfrigération alternatives utilisent le même principe de base, mais permettent soit de consommer moins d'énergie pour diffuser de l'air frais, soit de réduire la durée de fonctionnement en tirant parti de la capacité des personnes à s'adapter à des températures légèrement plus élevées.
"Ces technologies constituent un pas dans la bonne direction et devraient à terme intégrer des systèmes de régulation plus sophistiqués, notamment des systèmes prédictifs qui ajustent la température avant que les pièces ne deviennent trop chaudes ou trop froides", a déclaré Wan Man Pun, expert en technologies de refroidissement à l'Université de technologie de Nanyang.
Mais "nous n'avons toujours pas trouvé de méthodes de refroidissement alternatives présentant un coefficient de performance ou un rendement supérieur à celui de la compression de vapeur", a-t-il souligné.
L.Cattaneo--GdR