En Finlande, des enfants traversent la Baltique gelée en aéroglisseur pour aller à l'école
Un trio d'enfants embarque à bord d'un original bateau amphibie, amarré sur un quai en bois au bord de la mer Baltique gelée. Accueillis par le capitaine Sampsa Jalo, ils s'apprêtent à traverser des étendues de glace pour rentrer de l'école dans le sud-ouest de la Finlande.
En raison d'une épaisseur inhabituelle de glace, l'aéroglisseur "Snövit" (Blanche-Neige) a remplacé en février les ferries qui transportent habituellement Hugo Wickström, 12 ans, Julia Jalkanen, 9 ans, et Nils-Johan Ostman, 8 ans, vers les îles où ils vivent, dans l'archipel de Pargas.
L'aéroglisseur a pu être utilisé pour la troisième fois seulement en 15 ans cet hiver dans l'archipel finlandais.
Le littoral finlandais de 1.100 kilomètres est parsemé de plus de 81.000 îles, et dans l'archipel de Pargas, 107 îles sont habitées par près de 3.000 résidents à l'année.
Une fois les coussins situés sous l'embarcation remplis d'air, l'embarcation s'élève au-dessus de la surface de la glace et traverse la mer gelée.
Ce trajet scolaire est "excitant, surtout quand il dérive comme ça", dit Hugo Wickström, montrant comment l'aéroglisseur glisse latéralement sur la glace.
L'aéroglisseur "va très vite", ajoute Julia Jalkanen avec un sourire. "Plusieurs fois, un aigle de mer a volé tout près, et c'était plutôt cool parce qu'ils ont des ailes énormes", dit-elle.
Un loup s'est également approché du bateau "car les animaux ne savent pas qu'ils doivent en avoir peur", raconte le capitaine Jalo.
La compagnie maritime publique Finferries a remplacé certains de ses navires habituels par des aéroglisseurs quand les températures glaciales de février ont entraîné la formation d'une couche de glace exceptionnellement épaisse.
"Les navires peuvent affronter la glace, mais ils sont très lents et coûteux car ils consomment beaucoup de carburant", explique le capitaine Jalo.
Un trajet en ferry ou en bateau qui prend normalement une heure dure alors "cinq ou six heures" en raison des conditions actuelles de la glace, ajoute-t-il. En aéroglisseur, "le même trajet peut être effectué en 10 minutes".
Derrière les fenêtres du navire, qui peut accueillir cinq à sept personnes, les îles tapissées de forêts défilent à toute vitesse.
La conduite de l'aéroglisseur exige une "concentration constante", car les conditions de vent, le brouillard et les chutes de neige constituent des défis lorsqu'il s'agit de manoeuvrer à une vitesse de 30 noeuds, explique le capitaine.
"Les conditions météorologiques changent rapidement ici... Disons que c'est à la fois difficile et amusant", dit-il en souriant. "C'est le genre d'engin que l'on ne voit pas habituellement dans l'archipel."
- Couverture de glace inhabituelle -
La couverture de glace de la mer Baltique a été inhabituelle cette année, confirme à l'AFP le chercheur Mika Rantanen de l'Institut météorologique finlandais.
Avec un pic atteint le 20 février, "la couverture de glace a été la plus étendue depuis 2011 dans la région de la mer Baltique", a-t-il déclaré.
Dans les pays nordiques, les hivers avec de longues périodes de froid sont de plus en plus rares en raison du réchauffement climatique, souligne M. Rantanen.
Et parmi les mers côtières du monde, la Baltique, entourée par le Danemark, la Finlande, l'Allemagne, la Pologne, la Russie, la Suède et les trois Etats baltes, est celle qui se réchauffe le plus rapidement.
"Nos hivers deviennent plus doux et plus chauds", dit le chercheur. "A long terme, la couverture de glace maximale en hiver dans la mer Baltique diminue, et cela est dû au changement climatique", poursuit-il, ajoutant que le niveau de couverture de glace le plus bas jamais enregistré remonte à 2020.
S'arrêtant brièvement sur une plage de sable, Hugo Wickström descend de l'aéroglisseur vêtu de sa combinaison hivernale et d'un bonnet d'hiver épais, faisant signe de la main.
Bientôt, les oiseaux migrateurs reviendront et la glace de mer fondra complètement, transformant l'archipel.
Le trafic maritime reprendra alors normalement, et les Finlandais qui vivent sur le continent commenceront à se rendre dans leurs maisons de vacances sur les îles, souvent rustiques et sans eau courante.
L'archipel de Pargas abrite 9.000 résidences secondaires sur 1.070 îles, selon Benjamin Donner, responsable des affaires communales
"La glace fond très rapidement maintenant", fait remarquer le capitaine de l'aéroglisseur, en regardant la couche d'eau qui la recouvre, avant de démarrer le moteur et de retourner vers le rivage.
F.Piras--GdR