Giornale Roma - Canicules extrêmes, sécheresses intenses: une pépinière expérimentale prépare la forêt de demain

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Canicules extrêmes, sécheresses intenses: une pépinière expérimentale prépare la forêt de demain
Canicules extrêmes, sécheresses intenses: une pépinière expérimentale prépare la forêt de demain / Photo: Miguel MEDINA - AFP

Canicules extrêmes, sécheresses intenses: une pépinière expérimentale prépare la forêt de demain

Sous une serre en Provence, dans le sud de la France, à plus de 40°C, de jeunes pousses de pins font grise mine: privées d'eau, elles s'étirent en longueur, sans produire d'aiguilles. Elles sont "stressées" dans le cadre d'un test de l'Office national des forêts (ONF), qui prépare la forêt de demain.

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80%, 60%, 40%: fichées dans les godets de différentes essences, dont des pins de Salzmann, les étiquettes ne signalent pas des soldes, mais le taux d'humidité apporté à chacun.

Pour le projet transfrontalier Cooptree, cette espèce autochtone de pin du pourtour méditerranéen est "mise en stress hydrique", c'est-à-dire privée d'eau, à différents niveaux, explique Jérôme Reilhan, responsable d'une pépinière de l'ONF à Cadarache, au nord d'Aix-en-Provence.

Un stress que connaissent déjà bien les forêts méditerranéennes, qui souffrent de la sécheresse depuis les années 2000. La canicule de 2003, en particulier, a occasionné une grande souffrance chez de nombreuses espèces comme les sapins communs.

Pendant deux jours, des forestiers d'Espagne, du Portugal, d'Andorre et de France partagent leurs expériences. Le but: "anticiper très longtemps à l'avance ce qui va se passer dans 30 ou 40 ans", indique Eva Prada, enquêtrice espagnole au centre d'investigation forestière de Galice.

Pour elle, "il est important de savoir ce qui se passe aussi dans les régions méditerranéennes", où "les conditions de sécheresse sont plus marquées et déjà présentes aujourd’hui (...) pour savoir ce qui pourrait se passer dans un futur pas très éloigné" dans sa région du nord de l'Espagne, au climat océanique.

Sous la serre, comme une forêt miniature, les jeunes pousses de pin sont serrées entre deux rangées de jeunes cyprès, pour se rapprocher au maximum de leurs conditions réelles de croissance.

Les plants non stressés, à qui on apporte 80% de la capacité maximale de rétention de leur substrat, sont "plus grands, plus verts", montre Jérôme Reilhan. Sur ceux qui n'ont que 40% d'humidité, "on voit qu'il y a eu une élongation, mais les aiguilles sont toutes petites ou juste développées sur le haut, très peu sur la partie basse, voire inexistantes". En plus de leur feuillage, les chercheurs comparent quotidiennement leurs racines, leur poids.

- "Adapter les peuplements" -

L'expérience vise à comparer la résistance des différentes variétés pour "adapter les peuplements aux sécheresses, aux canicules", développe Jean Ladier, responsable du pôle recherche, développement et innovation de l'ONF à Avignon.

En matière d'action, pourtant, "la marge de manœuvre est réduite", reconnaît-il. "On peut éventuellement faire migrer sur des régions un peu plus au nord" les espèces les plus résistantes, "mais on ne va pas replanter toutes les surfaces forestières en changeant d'essences d'un coup, ce n'est ni souhaitable ni possible économiquement, ni pratiquement", souligne-t-il.

Une limite reconnue par Eva Prada, qui assure qu'"il ne s’agit pas non plus de tout changer du jour au lendemain, mais il faut commencer à faire des essais sur le terrain, sur de petites parcelles".

Les forestiers peuvent aussi adapter leur intervention au changement climatique, par exemple en "dosant les coupes pour maintenir un niveau d'éclairement suffisant pour les petits individus tout en les protégeant de la chaleur", détaille Jean Ladier.

Il rappelle aussi que l'homme doit parfois se garder de trop intervenir, car "des forêts qui souffrent, c'est aussi des forêts qui sélectionnent parmi la population d'arbres les arbres les plus résistants, il y a une évolution du patrimoine génétique".

"Une certaine proportion d'arbres arrivent à résister aux conditions qu'ils ont subies, ça ouvre des perspectives quand même de résistance à plus long terme", espère-t-il.

La France, qui abrite la forêt la plus diversifiée du continent européen, a subi récemment une succession d'épisodes de chaleur et de sécheresse très intenses qui ont conduit à un affaiblissement des arbres, dont la mortalité a doublé en dix ans, selon l'Observatoire des forêts françaises.

C.Neri--GdR