Climat: jugement "historique" aux Pays-Bas, ordonnés de mieux protéger une île
Un tribunal néerlandais a ordonné mercredi aux Pays-Bas de mieux protéger une de leurs îles et d'adopter des objectifs contraignants de réduction des émissions pour l'ensemble de l'économie, un jugement vu comme précurseur en matière de justice climatique.
"Le gouvernement néerlandais n'en fait pas assez pour protéger les habitants de Bonaire du changement climatique et de ses conséquences", a déclaré Jerzy Luiten, juge du tribunal de La Haye.
Les habitants de cette petite île des Caraïbes, territoire néerlandais, sont "traités différemment des habitants des Pays-Bas européens, sans raison valable", a-t-il ajouté.
Des habitants de Bonaire, situé au large des côtes vénézuéliennes, se sont associés à Greenpeace dans une action en justice contre l'Etat néerlandais, exigeant des mesures concrètes pour les protéger de la montée des eaux.
"Les juges nous ont vraiment écoutés, et j'en suis extrêmement heureuse" s'est exclamée auprès de l'AFP Jackie Bernabela, une sexagénaire venue de Bonaire pour assister au jugement.
"Ce qui m'a vraiment marquée, c'est quand le juge a parlé de discrimination. Nous avions vraiment l'impression d'être traités comme des citoyens de seconde zone", a-t-elle ajouté.
Les Pays-Bas, dont une partie du territoire est située sous le niveau de la mer, sont historiquement pionniers en matière de digues et de barrages face à celle-ci.
Les habitants de l'île estiment que La Haye n'offre pas la même protection à ses territoires d'outre-mer, comme Bonaire.
"Il s'agit d'une victoire véritablement historique. Les habitants de Bonaire obtiennent enfin la reconnaissance que le gouvernement les discrimine et doit les protéger des vagues de chaleur extrêmes et de la montée des eaux", a déclaré auprès de l'AFP Marieke Vellekoop, directrice de Greenpeace Pays-Bas.
- "Précédent d'importance mondiale" -
Le tribunal a ordonné à l'État "d'établir, dans un délai de dix-huit mois, des objectifs clairs et contraignants pour l'ensemble de l'économie néerlandaise en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre".
Il a également ordonné à l'État "d'élaborer un plan d'adaptation incluant Bonaire et applicable en 2030".
La Haye soutenait qu'il incombe aux autorités locales de mettre en place des mesures.
C'est un "jugement fort", a déclaré un porte-parole du ministère de l'Infrastructure et de la Gestion de l'eau, cité par l'agence de presse ANP.
"L'Etat le prend très au sérieux", a-t-il affirmé, ajoutant que le ministère allait d'abord étudier le jugement. "Après cela, nous pourrons en dire plus sur les mesures que l'Etat prendra".
En juillet, la Cour internationale de justice (CIJ) a statué, dans un avis consultatif, que les Etats qui ne respectaient pas leurs obligations en matière de climat commettaient un acte illicite.
Le dossier Bonaire crée désormais "un précédent d'importance mondiale" car il représente le premier cas majeur depuis cet avis, souligne Greenpeace.
Les plaignants souhaitaient également que les Pays-Bas réduisent leurs émissions de CO2 à zéro d'ici à 2040 et non 2050, comme convenu au niveau de l'UE. Le tribunal a rejeté cette demande.
Selon les militants, qui s'appuient sur une étude de l'Université libre d'Amsterdam, la mer pourrait engloutir, d'ici à la fin du siècle, jusqu'au cinquième de la superficie de Bonaire, une ancienne colonie des Pays-Bas dans les Antilles néerlandaises, devenue une municipalité de quelque 27.000 habitants.
Greenpeace et les habitants de Bonaire évoquent notamment la nécessité de construire des structures côtières telles que des brise-lames pour réduire l'énergie des vagues, et planter plus de mangroves.
- "Insupportable" -
"Le changement climatique n'est pas une menace lointaine pour nous", a lancé au cours d'audiences l'année dernière Onnie Emerenciana, un habitant de l'île.
"Là où nous avions l'habitude de travailler, de jouer, de nous promener ou de pêcher pendant la journée, la chaleur est désormais souvent insupportable", a ajouté cet agriculteur.
Les actions en justice liées au climat sont de plus en plus fréquentes dans le monde, la plupart visant des gouvernements.
Les plaignants font régulièrement valoir qu'un nombre relativement restreint de pollueurs sont la cause majeure du changement climatique et des phénomènes climatiques extrêmes ainsi que de la montée des eaux qui y sont liés.
L'avis de la Cour internationale de justice, qui avait été sollicité par les Nations unies, avait pour objectif de clarifier le droit international en matière de changement climatique.
Considéré comme une victoire des défenseurs de l'écologie, il stipule que les pollueurs pourraient être tenus de verser des réparations aux pays victimes de dommages climatiques.
P.Sartori--GdR