Arrêts maladie : début des négociations entre syndicats et patronat en vue d'une réforme
Les syndicats et le patronat ouvrent jeudi leurs négociations, à l'appel du gouvernement, pour trouver des réformes "structurelles" et un milliard d'euros d'économies sur les arrêts de travail, un chantier épineux vu les divergences des positions et les délais serrés.
Cette première réunion programmée à 10H00, en visioconférence, portera sur la méthode, le calendrier et les thèmes des discussions, avant d'entrer dans le dur lors des séances suivantes. Les partenaires sociaux ont jusqu'au 19 décembre pour rendre leur copie, censée permettre des économies dès début 2027.
Dans sa lettre de cadrage, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou ouvre des axes de travail très larges: l'élaboration d'une "politique active de prévention", la révision de "l'ensemble des paramètres" du système (durée et plafond d'indemnisation, complément employeur...), ou la "responsabilisation" des acteurs.
Le ministre a appelé les partenaires sociaux à imaginer "de nouveaux outils" pour "mettre fin aux pratiques détournant le sens de l'arrêt" maladie, ou pour corriger l'absentéisme dit "atypique" dans certaines entreprises.
Il leur suggère de protéger moins les "arrêts courts" et mieux les "longs", et demande surtout de trouver l'un des deux milliards d'économie sur les arrêts maladie prévus dans les textes budgétaires pour 2027.
"Il faut agir", a insisté, jeudi sur France Inter, Jean-Pierre Farandou. "C'est une réforme structurelle qu'il faut faire. (...) Nous incitons les partenaires sociaux à revoir en profondeur le système pour à la fois mieux protéger les salariés et à la fois que ça coûte moins cher à la Sécurité sociale", a ajouté le ministre.
"Le gouvernement veut nous faire endosser une recherche d'économies" et reconsidérer des questions très vastes en "seulement deux mois", et ce "dans un contexte de contestation sociale majeure", sur fond "d'inégalités sociales", d'une politique macroniste qui n'a fait "qu'enrichir les riches" et réduire les droits des assurés, pointe Denis Gravouil, négociateur de la CGT.
"On va poser la question de la responsabilité du patronat sur le +pourquoi+ il y a une explosion des arrêts maladie/accidents du travail, de la souffrance psychique, des burn-out", et "mettre le paquet sur la prévention", avance-t-il, anticipant "un affrontement très clair avec le patronat, qui semble, lui, vouloir remettre en cause" l'indemnisation de certains arrêts.
Fin septembre, le président du Medef Patrick Martin avait suggéré de ne plus rembourser les arrêts maladie de courte durée, qui selon lui augmentent "d'une manière parfois suspecte", proposant des jours de carence "d'ordre public" indemnisés ni par l'Assurance maladie, ni par l'employeur.
Une proposition également défendue par les Entrepreneurs (ex-CPME). L’augmentation des dépenses est "en grande partie un problème comportemental", juge Eric Chevée, son vice-président, pointant certains assurés "qui s'arrêtent un peu excessivement, parce qu'ils ont passé un mauvais week-end ou ont des problèmes relationnels au travail".
"Si notre système ne sait pas les distinguer" des personnes malades, "c'est qu'il n'est pas efficace", ajoute-t-il.
Le délai de deux mois "paraît très ambitieux", mais on peut au moins "mettre des pistes de travail sur la table", considère Eric Chevée, alertant: "si on ne fait rien, l'État prendra une mesure qui baissera l'indemnisation des arrêts" impactant salariés comme entreprises (qui complètent souvent l'indemnisation).
L.Moretti--GdR