Attentat des Yvelines : l'assaillant reconnaît le mobile raciste
L'auteur de l'attentat dans les Yvelines, qui a fait un mort et sept blessés, a reconnu avoir ciblé des personnes musulmanes, africaines ou nord-africaines et avoir choisi la ville de Trappes, à ses yeux "un repaire d'islamistes", a détaillé jeudi le procureur antiterroriste Olivier Christen.
Le patron du Parquet national antiterroriste (Pnat) a par ailleurs insisté devant la presse sur la "très grande préparation" de l'attaque.
Kévin T., 39 ans, doit être présenté dans la journée à des juges antiterroristes, en vue de sa mise en examen, a expliqué Olivier Christen. Le Pnat a requis son placement en détention provisoire.
Il a "contesté en revanche toute intention terroriste, considérant son action comme légitime". Il a réfuté également "avoir voulu tuer des enfants", disant avoir "pu se méprendre en raison de leur taille" : il a toutefois déclaré "n'éprouver aucun regret", a souligné M. Christen.
La perquisition à son domicile à Plaisir, qui était piégé, a permis la "découverte d'armes ou d'éléments d'armes, soit notamment un chargeur, deux poings américains, une baïonnette en acier et un silencieux", a détaillé le procureur.
Ont aussi été retrouvés un exemplaire de "Mein Kampf" d'Adolf Hitler, un Coran et une Bible ainsi que différents autocollants : 30 avec la mention "Vive la France, RN, fier d'être français", 99 avec "100% français/vive la France" et 98 avec "Soutien aux forces de l'ordre".
- Autocollants pro-RN faits maison -
Kévin T. a indiqué avoir "lui-même dessiné ces autocollants", puis avoir "commandé leur fabrication via Amazon il y a plus d'un an".
M. Christen a fait état d'une "très grande préparation de l'action criminelle", avec l'acquisition, en septembre, de "plusieurs éléments d'armes de nature à renforcer l'efficacité tactique du pistolet mitrailleur Sten, d'un brassard police et de menottes".
Célibataire, Kévin T. a affirmé n'être adhérent ou sympathisant d'aucun parti politique.
Interrogé sur les photographies découvertes sur le site France Palestine datées du 21 février 2018 ou sur les réunions "Stop Pub" où il apparaissait, il a indiqué qu'il avait, à un moment de sa vie, "infiltré les gauchistes", a éclairé M. Christen.
Selon une source proche du dossier, cet ouvrier dans l'automobile s'était radicalisé à l'extrême droite ces dix dernières années, "en mettant tout sur le dos des Arabes et des Noirs".
Kévin T., condamné à quatre reprises par le passé, la dernière fois en 2012, a fait état de problèmes psychologiques ainsi que d'une forte consommation de stupéfiants dès ses 13 ans.
Les analyses ont révélé "la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang" au moment de l'attaque ainsi que de molécules "cohérentes avec la prise des médicaments antipsychotiques et antidépresseurs", d'après le Pnat.
M. Christen a précisé que selon le médecin, "le diagnostic de schizophrénie allégué par Kévin T. était davantage une interprétation de l'intéressé qu'une conclusion médicale".
Vendredi matin, à bord de sa voiture, cet habitant des Yvelines, inconnu des services de renseignement, a abattu un Français de 26 ans originaire de République démocratique du Congo, Pengo Bossio Wangi, et a blessé sept autres personnes, dont plusieurs d'origine africaine ou maghrébine, à Trappes et La Verrière.
Trois étaient toujours hospitalisées jeudi, dont une avec un pronostic vital toujours engagé.
- Hommage national -
L'attentat a créé une onde de choc en France et enflammé le débat politique.
Plusieurs rassemblements ont eu lieu, en région parisienne notamment, en soutien aux victimes et pour "dénoncer la banalisation de la haine raciste".
"Que justice soit faite", a imploré mercredi soir la mère de Ramatou, l'enfant de 11 ans grièvement blessée, lors d'un rassemblement, selon une vidéo de Brut.
Un "hommage national", présidé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, sera rendu prochainement.
Interrogé mercredi sur la chaîne YouTube HugoDécrypte, le chef de l'État Emmanuel Macron a estimé qu'il y avait "des mouvements politiques qui ont laissé s'installer cela (un climat parfois raciste) à l'extrême droite", citant le RN et "ceux qui leur sont proches".
Le RN a répondu jeudi par la voix de son député Jean-Philippe Tanguy que c'était le président, "très problématique", qui avait laissé prospérer "des idéologies haineuses".
S.Monti--GdR