L'Arabie saoudite reconnaît être "mise à l'épreuve" par les frappes houthies
Le ministère saoudien de l'Energie a reconnu lundi que les infrastructures du royaume étaient "mises à l'épreuve" après la série d'attaques meurtrières des Houthis du Yémen, notamment contre l'aéroport de Ryad, promettant une "réponse ferme".
"Ces circonstances ont mis à l'épreuve nos infrastructures, nos institutions, nos équipes et notre résilience", a déclaré Abdulaziz ben Salmane.
Il s'exprimait lors d'une conférence sur l'énergie à Ryad, où doit également parler dans la journée le patron du géant pétrolier saoudien Aramco - dont les infrastructures sont sous le feu des Houthis pro-iraniens depuis des semaines.
"La sécurité énergétique ne peut être considérée comme acquise", a reconnu le ministre du premier exportateur mondial de pétrole.
Les hostilités ont repris en juillet entre les Houthis et les forces gouvernementales yéménites, ainsi que l'Arabie saoudite qui appuie militairement ces dernières au Yémen, et se sont intensifiées en septembre.
Mais l'ampleur des attaques sur le royaume a atteint ces derniers jours un niveau sans précédent, et révélé les fragilités défensives du royaume qui investit pourtant des sommes considérables dans des équipements militaires de pointe.
- Boule de feu à l'aéroport -
Les autorités saoudiennes, qui s'étaient jusqu'ici montrées réticentes à dévoiler les dégâts causés par les attaques, ont publié dans la nuit les images de la vidéosurveillance de l'attaque de l'aéroport samedi, qui a causé la mort de 13 personnes et entraîné sa fermeture.
On y voit des passagers vêtus de la traditionnelle tenue blanche de pèlerinage avancer en ligne pour franchir un contrôle, avant qu'une boule de feu ne fasse voler en éclats le toit. Ils tentent de se mettre à l'abri ou de prendre la fuite, sous un nuage de fumée et des débris du plafond.
Une façon pour Ryad, très seule face aux Houthis, d'attirer l'attention des pays musulmans sur ce qui se passe sur leur sol.
Pour les pèlerins, octobre marque généralement, avec la fin des chaleurs estivales, le début de la haute saison, quand des millions de musulmans du monde entier affluent vers le royaume.
La clémence des températures lance aussi habituellement la saison des grands événements - conventions, divertissements - attirant des hauts dirigeants et grands patrons.
La ministre allemande de l'Economie Katherina Reiche s'est retrouvée bloquée à Ryad après l'attaque de l'aéroport. "Plusieurs possibilités de retour en Allemagne sont en cours de discussion", selon un porte-parole du gouvernement.
Pour le moment aucun grand événement n'a été annulé, même si l'inquiétude est palpable dans la capitale parmi les habitants interrogés par l'AFP, notamment à cause de la communication au compte-gouttes des autorités.
"Je veux partir d'ici", confiait dimanche à l'AFP un habitant de Ryad, excédé.
- "Faciliter le dialogue" -
Les Houthis du Yémen ont revendiqué dimanche des "opérations d'envergure", notamment "en trois phases" contre l'aéroport de Ryad.
L'attaque de samedi, la plus meurtrière sur le territoire depuis 10 ans, a fait 309 blessés outre les 13 morts - quatre Saoudiens, deux Bangladais, un Américain, un Égyptien, un Argentin, un Syrien, un Palestinien, un Soudanais et un Indien.
Et dimanche, une nouvelle attaque contre l'aéroport a fait au moins un mort - un Pakistanais - et 11 blessés, selon l'Autorité saoudienne de l'aviation civile.
L'aéroport de Dammam a également été visé, ainsi que deux sites énergétiques d'Aramco, tous dans l'est du pays, et l'ensemble de l'espace aérien saoudien reste perturbé.
L'Iran, qui soutient les Houthis, s'est redit lundi "vivement préoccupé par l'évolution de la situation".
Téhéran est disposé à "faciliter le dialogue entre les parties", a déclaré le porte-parole de la diplomatie Esmaïl Baghaï, sans condamner les attaques.
Au Yémen, les hostilités se poursuivent après l'offensive éclair lancée en septembre par les Houthis, qui ont pris à cette occasion le contrôle sur la mer Rouge du détroit stratégique de Bab el-Mandeb, déclenchant une contre-offensive gouvernementale.
Les Houthis ont dénoncé une "brutale agression saoudienne", faisant état de 124 frappes aériennes depuis samedi contre différents sites du pays, dont la capitale Sanaa, sous leur contrôle.
Des sources militaires du camp gouvernemental ont indiqué samedi à l'AFP que les forces yéménites avaient progressé autour du détroit, sans parvenir à le sécuriser.
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M.Marini--GdR