Boissons énergisantes : des parlementaires demandent l'interdiction de vente aux moins de 16 ans
Red Bull, Monster Energy ou encore Ciao Energy : face à l'essor des boissons énergisantes, en particulier chez les jeunes, et à leurs effets néfastes sur la santé, un rapport parlementaire, dévoilé mercredi, recommande d'interdire la vente aux moins de 16 ans.
Passé de 180 millions d'euros en 2016 à 780 millions d'euros en 2025, le marché des boissons énergisantes "connaît une croissance importante, avec une forte innovation sur les formats, les goûts, les produits sans sucre...", a souligné, devant la commission des Affaires sociales de l'Assemblée Yannick Neuder (LR), rapporteur avec Sandrine Runel (PS), d'une mission d'information sur le sujet.
"Le marketing est sans limite pour taper l'imaginaire des jeunes", a jugé ce cardiologue hospitalier et ancien ministre de la Santé.
Si ces boissons "ne posent pas de risque sanitaire en population générale" en quantité "raisonnable", chez les enfants et adolescents notamment elle "peut bel et bien engendrer des effets nocifs", pointe le rapport, qui doit nourrir des amendements au projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027.
Les boissons énergisantes - composées de caféine, taurine, sucre, etc - revendiquent des propriétés stimulantes au niveau physique et intellectuel.
Les canettes de Red Bull restent les plus plébiscitées, devant Monster et Crazy Tiger, rappelle le rapport.
En juin, trois créateurs de contenus - Lena Situations (Lena Mahfouf), Inoxtag (Inès Benazzouz) et Squeezie (Lucas Hauchard) - ont lancé leur marque Ciao Energy et suscité des critiques de professionnels de santé, inquiets de la jeunesse de la cible visée.
En France, plusieurs effets indésirables liés à ces boissons, comme des symptômes cardiovasculaires ou psychologiques, ont déjà été signalés. Ils sont principalement liés à une consommation excessive de caféine, éventuellement couplée à une prise d'alcool.
Vu les "risques sanitaires encourus par les jeunes", les rapporteurs recommandent d'interdire la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans mais aussi de les retirer des distributeurs automatiques.
"L'idée est de faire de la pédagogie pour expliquer aux jeunes qu'ils n'ont pas besoin de ces boissons sucrées pour se maintenir en forme et lutter contre la fatigue", a résumé auprès de l'AFP Sandrine Runel.
Il s'agit d'une mesure "arbitraire dénuée de tout fondement", a dénoncé le syndicat des boissons sans alcool (SBSA) dans un communiqué, avançant qu'"aucune donnée ne justifiait une interdiction de vente aux moins de 16 ans".
Le syndicat précise que leurs adhérents se sont dotés d'une charte de bonnes pratiques qui prévoit notamment "l'absence de ciblage publicitaire des enfants de moins de 15 ans".
Plusieurs pays européens ont déjà interdit la vente aux moins de 16 ans, dont la Lituanie, la Roumanie ou la Norvège. L'Angleterre le prévoit à partir d'avril 2027.
- "Territoires socialement fragiles" -
La mission parlementaire s'est aussi intéressée aux boissons alcoolisées prêtes à boire, telles les canettes de Vody - cocktail mélangeant vodka, café, taurine.
Ces boissons sont "nocives pour la santé" et "atteignent ou dépassent bien souvent la dose quotidienne recommandée en un seul contenant", alertent les rapporteurs.
Elles sont également particulièrement attractives auprès des jeunes, notamment par leur "marketing" et leur prix.
"Ces produits, notamment lorsqu'ils sont fortement alcoolisés, semblent davantage présents dans certains territoires socialement fragiles", selon Yannick Neuder, notamment dans les quartiers défavorisés et les Outre-mer, particulièrement en Guadeloupe.
Face aux risques possibles, les deux élus estiment "nécessaire" d'étendre la taxe "prémix" à toutes "les boissons alcoolisées prêtes à boire présentant un titre alcoométrique volumique supérieur à 12 % vol".
Ils demandent aussi de renforcer l'interdiction de vente de boissons alcoolisées aux mineurs, "pas appliquée ou trop peu", en instaurant notamment "la possibilité de procéder à des tests de vente d'alcool sur des mineurs".
Côté publicité, le rapport juge la législation pas "adaptée à la réalité des réseaux sociaux" et recommande de "mettre un terme à l'autorisation de la propagande et de la publicité en faveur des boissons alcooliques sur les services de communication en ligne".
"Il y a urgence à agir", a plaidé auprès de l'AFP Stéphanie Pierre, au nom de France Assos Santé, organisation de patients.
Ces boissons alcoolisées "sont des bombes pour la santé" et "disposent d'une promotion énorme sur les réseaux sociaux par des influenceurs", a-t-elle ajouté.
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P.Mancini--GdR