Zhang Shengmin, le Monsieur propre de l'armée chinoise promu au Politburo
Artisan discret de la campagne anticorruption du président Xi Jinping dans l'armée durant 10 ans, le général Zhang Shengmin vient d'être récompensé d'une promotion au Politburo - l'instance d'une vingtaine de responsables communistes qui dirigent la Chine.
C'est une consécration pour cet homme de 68 ans, originaire d'une province modeste et entré dans l'armée à 19 ans, en 1978, alors que son pays commençait à tourner la page de la chaotique Révolution culturelle et à s'ouvrir au monde.
Sa nomination surprise jeudi au Politburo, à l'issue d'une importante réunion du Parti communiste (PCC), a concentré l'attention sur ce général, régulièrement aperçu aux journaux télévisés dans son impeccable uniforme vert foncé - mais dont on n'entend jamais la voix en public.
Zhang Shengmin est vice-président de la Commission militaire centrale (CMC), l'organe qui dirige l'armée. De 2017 à juillet 2026, il était le chef, au sein de cette instance, de la Commission de contrôle de la discipline - en clair, il était en charge de la lutte anticorruption.
Une tâche cruciale. Car l'armée est régulièrement secouée par des scandales, touchant notamment les promotions de carrière, les contrats d'équipement militaire et la gestion des budgets - des dérives qui, selon Xi Jinping, entravent son fonctionnement et sa modernisation.
- "Une poignée de généraux" -
Sous l'autorité de Zhang Shengmin, un nombre sans précédent de hauts gradés ont été écartés depuis 2023, au début du troisième mandat du président chinois.
Parmi les plus emblématiques : deux ex-ministres de la Défense (Wei Fenghe et son successeur immédiat Li Shangfu en 2023-2024) ou encore plus récemment l'ex-général le plus puissant de Chine, Zhang Youxia, alors premier vice-président de la CMC, tombé cette année pour corruption.
"Son bilan parle de lui-même, car il ne reste aujourd'hui qu'une poignée de généraux trois étoiles encore en fonction", affirme à l'AFP James Char, spécialiste de l'armée chinoise à l'Université technologique de Nanyang, à Singapour.
Zhang Shengmin aura passé près d'une décennie à piloter l'assainissement des forces armées et "cela laisse penser qu'il bénéficie de la confiance de son commandant en chef" Xi Jinping, estime M. Char.
Autre signe en ce sens : les promotions au Politburo interviennent habituellement lors des congrès du Parti, organisés tous les cinq ans. Les nominations en cours de mandat y sont rares et la précédente remontait ... à 1994.
- Derrière Xi -
A l'image des autres dirigeants chinois, Zhang Shengmin cultive la discrétion et on sait peu de choses de la vie personnelle de cet officier d'artillerie de formation.
Son CV ne comprend aucune mention d'expérience, d'études ou de séjour à l'étranger et on ne lui connaît aucune passion particulière.
"Ce qui le distingue, c'est sa loyauté politique envers le Comité central du Parti (autrement dit Xi Jinping) plutôt que son professionnalisme militaire", affirme à l'AFP Steve Tsang, directeur de l'institut SOAS China à l'Université de Londres.
Zhang Shengmin prend garde à bien rester dans l'ombre de Xi Jinping, patron de la Commission militaire centrale (CMC).
Au gala militaire organisé début 2026 pour le Nouvel An chinois, alors que Xi Jinping serrait des mains à des officiers à la retraite, Zhang Shengmin apparaissait en retrait, à plusieurs mètres derrière le président.
"Depuis l'éviction de plusieurs membres de la CMC (...), il se fait volontairement discret lors des événements officiels", souligne James Char.
G.Fontana--GdR