Le Premier ministre roumain confronté à une motion de censure
Le Premier ministre roumain, le libéral Ilie Bolojan, est confronté mardi à une motion de censure déposée par les sociaux-démocrates associés à l'extrême droite, avec le risque de plonger le pays dans une nouvelle crise politique.
Le Parti social-démocrate (PSD), membre de la coalition au gouvernement, a décidé d'en claquer la porte il y a 15 jours pour protester contre les mesures d'austérité introduites par M. Bolojan afin de réduire le déficit budgétaire du pays, le plus important de l'Union européenne.
Puis, la semaine dernière, le PSD, qui constitue la plus importante force parlementaire du Parlement avec quelque 130 sièges, a annoncé le dépôt d'une motion de censure, avec le parti d'extrême droite Alliance pour l'unité des Roumains (AUR).
Signée par 254 parlementaires, la motion qui a besoin de rassembler 233 voix sur les 465 élus que compte le Parlement, a toutes les chances d'être adoptée selon les analystes, qui tablent sur des discussions difficiles pour former un nouveau gouvernement.
Elle sera examinée à partir de 11H00 locale (08H00 GMT), avec un vote attendu dans l'après-midi.
La nomination de M. Bolojan, soutenue par quatre partis pro-européens dont le PSD, était intervenue en juin 2025 après des semaines de négociations. Elle mettait fin à une période politique mouvementée qui avait démarré avec l'annulation de la présidentielle de novembre 2024, dominée par un candidat d'extrême droite inconnu, en raison de soupçons d'ingérence russe dans la campagne électorale du pays qui se situe aux avant-postes de l'Otan depuis le début de la guerre en Ukraine voisine.
Le président pro-européen Nicusor Dan a affirmé lundi que le pays de 19 millions d'habitants entré dans l'Union européenne en 2009 poursuivrait son orientation pro-occidentale quelle que soit l'issue du vote.
"Les discussions politiques seront difficiles, mais c'est ma responsabilité en tant que président – et celle des partis politiques – de maintenir la Roumanie sur la bonne voie", a-t-il déclaré à la presse.
- "Tractations longues" -
Si la chute du gouvernement se confirme, le politologue Costin Ciobanu s'attend à des tractations longues, qui pourraient aboutir à une alliance des quatre mêmes partis pro-européens, mais sans M. Bolojan à la tête du gouvernement.
Autant de temps perdu pour "les changements attendus" par la société, estime le chercheur à l'université d'Aarhus, au Danemark, qui souligne par ailleurs que le PSD a contribué à transformer l'AUR, jusque-là isolé, "en un acteur politique de premier plan".
Les partis de centre-droit ont vivement critiqué la décision du PSD de s'associer avec l'AUR, l'accusant de s'éloigner de la voie pro-européenne.
Quelque 30 ONG ont demandé au Parti des socialistes européens (PSE) de l'exclure de ses rangs s'il maintenait cette alliance, tandis qu'un sénateur PSD a quitté le parti en signe de protestation.
Le PSD assure de son côté qu'il n'existe "aucun accord politique post-motion" avec l'extrême droite, seulement "un objectif commun" visant à renverser le gouvernement Bolojan.
Depuis sa décision de sortir du gouvernement, les taux d'intérêt auxquels la Roumanie emprunte ont augmenté et la monnaie nationale s'est dépréciée face à l'euro, qui a atteint lundi un record historique de 5,19 lei roumains.
La Roumanie, dont le déficit a atteint 7,9% du PIB au quatrième trimestre 2025, fait l'objet d'une procédure européenne de déficit excessif depuis 2020 et court le risque de perdre des fonds européens.
L.Moretti--GdR