Giornale Roma - "C'était de la boucherie" : un dentiste de Lozère face à la souffrance de patients mutilés

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"C'était de la boucherie" : un dentiste de Lozère face à la souffrance de patients mutilés
"C'était de la boucherie" : un dentiste de Lozère face à la souffrance de patients mutilés / Photo: LOIC VENANCE - AFP/Archives

"C'était de la boucherie" : un dentiste de Lozère face à la souffrance de patients mutilés

Des patients mutilés par un ex-dentiste jugé pour des dizaines d'opérations bâclées ont raconté mercredi, devant le tribunal correctionnel de Mende, leur vie gâchée par les séquelles physiques et morales de cette "boucherie".

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Face à la litanie des souffrances énumérées par les victimes, José Pereira Mendes, 61 ans, a assumé des actes médicaux "en accord avec les principes du serment d'Hippocrate: toujours donner une meilleure vie".

Tout juste le prévenu a-t-il reconnu avoir pu "faire une erreur dans un cas ou deux" d'extraction de dents.

Les dents saines arrachées par ce praticien qui a exercé à Badaroux, une commune voisine de Mende, de fin 2018 jusqu'à son interpellation le 5 janvier 2021, se comptent par dizaines, selon l'accusation.

Cet homme mince à la barbe soigneusement taillée, d'abord établi pendant une vingtaine d'années au Portugal puis au Mozambique, a "essentiellement mutilé des patients et escroqué les organismes sociaux. La quasi-totalité des travaux sont non conformes, inachevés et à refaire", "laissant la quasi-totalité des patients en l'état et en grande détresse", a constaté un rapport d'expertise pendant l'instruction.

"Je me suis cassé une canine, il m'a dit +Revenez la semaine prochaine, on arrachera la dent+. Il m'a arraché sept dents le même jour", a témoigné devant le tribunal un ancien patient, Christophe.

Un autre rendez-vous suit: "D'après lui, j'avais des kystes dans la bouche (...) il m'a arraché toutes les dents (...) J'avais le masque Covid. Il n'était plus bleu, il était tout rouge", poursuit ce cuisinier.

- Seize implants dans la journée -

Les récits des plaignants se font écho. "Son tic, c'était les implants", raconte Jean-Claude, 66 ans, à qui le Dr Mendes en a posé "seize dans dans la même journée".

"Ca va faire huit ans, tous les jours on rumine. C'est très dur psychologiquement, socialement, moralement. C'est de la boucherie", soupire cet homme.

Même expérience pour Mohamed, 41 ans : "Il me vide l'abcès. Il me dit que c'est la couronne qui est la cause. Il me dit que c'est préférable de poser des implants. Au final, je ressors avec 11 dents arrachées et 11 implants, en deux interventions".

"Je le vois tourner et tirer, en mettant son pied sur la chaise pour tirer la canine de toute ses forces. C'était une scène d'horreur", poursuit cet homme qui dit souffrir désormais de troubles cognitifs et ne plus pouvoir manger "même du pain".

Les implants posés se dévissent. Les patients se retrouvent livrés à eux-mêmes. "Les autres dentistes ont dit +On ne va pas reprendre la suite de ce chantier+", explique Jean-Claude.

"Les dents qu'il m'avait faites tombaient. Un dentiste me les a collées, il m'a dit que ça n'allait pas tenir. J'ai demandé un prêt à la banque, à des amis", raconte Amal, 48 ans.

Radié en 2022 par l'ordre des dentistes, l'ancien praticien a fait une année de détention provisoire.

Il est renvoyé pour des "faits de violences suivies de mutilation ou infirmité permanente", "escroquerie au préjudice d'un organisme de protection sociale", "abus de confiance" et "blanchiment" et encourt dix années de prison.

Quarante-quatre patients ont été identifiés comme victimes dans le dossier d'instruction mais leur nombre total pourrait être plus élevé, la sécurité sociale ayant relevé 1.234 anomalies dans 131 dossiers.

Le Dr Pereira Mendes est aussi accusé d'avoir causé un préjudice de 330.000 euros à la Sécurité Sociale en facturant des actes non médicalement justifiés ou non réalisés et en encodant erronément des soins pour obtenir des remboursements indus.

Il a nié mercredi s'être enrichi, tout en reconnaissant avoir retiré toutes les semaines d'importantes sommes en liquide pour faire construire une maison "de sept chambres" au Mozambique, sans avoir déclaré ses revenus au fisc.

Le procès fait écho à celui des dentistes marseillais Lionel et Jean-Claude Guedj, condamnés en octobre 2023 à respectivement huit et cinq ans d'emprisonnement pour avoir mutilé quelque 400 patients des quartiers populaires de la ville.

Le procès se poursuivra jeudi avec la suite de l'audition des parties civiles, le réquisitoire et les plaidoiries, avant une probable mise en délibéré.

G.Brambilla--GdR