Nouvelle alliance dans l'IA: Cohere et Aleph Alpha veulent exister face aux géants
La start-up canadienne d'intelligence artificielle Cohere va acquérir son homologue allemande Aleph Alpha pour se faire une place sur un marché largement dominé par les Etats-Unis et la Chine.
Le ministre allemand du Numérique, Karsten Wildberger, s'est réjoui vendredi de la création d'un futur "champion mondial de l'IA".
Le montant de l'acquisition n'a pas été communiqué mais le Financial Times, citant des sources proches des entreprises, estime la valorisation de la nouvelle coentreprise à 20 milliards de dollars (17 milliards d'euros).
Or, dans un marché de l'IA en croissance effrénée depuis 2022, la compétition se joue surtout entre les géants américains OpenAI (ChatGPT), Anthropic (Claude), Google (Gemini), Meta (Llama), Microsoft (Copilot), Amazon (Titan), et le chinois DeepSeek.
Dans ce contexte d'oligopole, le Canada et l'Allemagne veulent bâtir une entreprise commune pour rivaliser, ou au moins ne pas creuser leur retard dans la course à l'IA.
Une course encore alimentée vendredi par DeepSeek, qui a lancé un nouveau modèle présenté comme très économique et comme l'un des plus performants du monde.
OpenAI a de son côté dévoilé jeudi GPT-5.5, la nouvelle génération du modèle sur lequel s'est construit ChatGPT, censée être la plus avancée du marché selon plusieurs critères.
Pour Thomas Husson, analyste du cabinet Forrester interrogé par l'AFP, Cohere et Aleph Alpha "deviennent un concurrent plus sérieux". Mais "de là dire qu'ils puissent rivaliser directement...", tempère-t-il.
"En termes d'investissement et de valorisation, on n'est pas tout à fait sur les mêmes niveaux", souligne-t-il, les 20 milliards de dollars que représenterait la coentreprise étant en effet bien loin des centaines de milliards de dollars de capitalisation boursière affichés par les américains OpenAI ou Anthropic.
- Souveraineté et sécurité -
Avec la domination d'un petit nombre d'acteurs, le secteur de l'IA se préoccupe de plus en plus de la souveraineté sur cette technologie clé et de la protection des données utilisées pour alimenter les modèles.
Avec des IA dites "souveraines", les Etats veulent garder un certain contrôle stratégique sur son usage.
La nouvelle entreprise répondra à ces exigences et "aux normes de sécurité les plus strictes", selon M. Wildberger.
Il a assuré que l'accord contenait des garanties juridiques, incluant des "droits de protection forts pour l'Allemagne" concernant la propriété intellectuelle notamment, ainsi qu'un "accès à la technologie" pour le gouvernement allemand.
En investissant dans la recherche, Cohere "est devenue l'une des très rares entreprises de pointe de l'IA non américaines et non chinoises à l'échelle mondiale", a souligné à Berlin Evan Solomon, ministre canadien de l'Intelligence artificielle.
Le Premier ministre canadien, Mark Carney, avait souligné en janvier au forum de Davos la nécessité d'une troisième option au-delà des géants technologiques et des puissances hégémoniques.
Son gouvernement soutient d'ores et déjà Cohere, ayant acheté 1.400 licences pour l'un de ses ministères, et va continuer à le faire, a assuré M. Solomon.
Berlin utilisera à "grande échelle" les services de la nouvelle entreprise dans ses administrations "pour devenir bien plus rapide et automatiser les processus", selon M. Wildberger.
-"Approche plus B2B"-
Également présent à Berlin, le cofondateur et directeur général de Cohere, Aidan Gomez, a souligné que "les organisations ne devraient jamais avoir à abandonner le contrôle de leur propre infrastructure d'IA".
Il a précisé que l'alliance se concentrerait sur "les secteurs les plus sensibles et hautement régulés comme le secteur public, la finance, la défense, l'énergie, l'industrie, les télécommunications ou la santé".
Comme Aleph Alpha, Cohere développe des modèles de langage capables de comprendre et générer du texte. Mais leur positionnement diffère légèrement de celui des géants américains, estime M. Husson.
Les deux entreprises pourraient se démarquer par leur "spécialisation sectorielle", et "une approche plus +B2B+ (à destination des professionnels, ndlr) par rapport à OpenAI qui est beaucup plus orienté grand public, notamment avec ChatGPT".
Pour ce projet, qui implique des dépenses conséquentes, le groupe familial Schwarz, propriétaire des chaînes de discounters Lidl et Kaufland, investit 500 millions d'euros et fournit l'infrastructure cloud.
Ce groupe avait annoncé en novembre investir 11 milliards d'euros à Lübbenau, dans l'est de l'Allemagne, près de Berlin, pour construire un gigantesque centre de données.
M.Parisi--GdR