Aux Etats-Unis, les républicains dépensent à tout-va à quelques semaines des élections
Les républicains font couler l'argent à flots à six semaines des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, avec le pari que ces dépenses record puissent compenser un climat politique qui s'est largement retourné contre eux.
D'ici au 3 novembre, le parti de Donald Trump et ses alliés ont réservé des créneaux publicitaires pour quelque 888 millions de dollars, contre 666 millions côté démocrate, selon l'agence AdImpact, qui suit les dépenses de publicités politiques.
L'avantage financier côté républicain s'annonce nécessaire au vu de la cote de popularité actuelle de Donald Trump - au plus bas depuis son retour à la Maison Blanche - et des sondages qui annoncent une perte de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, voire au Sénat.
"L'argent compte, et les démocrates ne devraient pas négliger un écart publicitaire de 200 millions de dollars", estime Caroline Welles, consultante politique et ancienne responsable dans les instances du Parti démocrate.
"Mais l'argent n'est pas un bouton de remise à zéro du climat politique, particulièrement à un stade aussi avancé" de la campagne, ajoute-t-elle.
Les chiffres avancés pour la campagne font tourner la tête, même à l'échelle des Etats-Unis.
Au total, environ 12 milliards de dollars seront dépensés pour ces élections selon les estimations d'AdImpact et Kinetiq Political Insights, un record dans l'histoire américaine, puisque supérieur au total des élections de 2024 - année pourtant de présidentielle.
- Déséquilibre -
La législation américaine n'impose que de faibles restrictions sur les dépenses de groupes d'intérêts privés, indépendants des candidats. Les plus importants, les "super PACs" peuvent soulever des fonds illimités de la part de riches individus et d'entreprises.
L'avantage financier pour les candidats républicains provient en grande partie de ces "super PACs". MAGA Inc, le principal groupe appuyant Donald Trump, possédait début septembre plus de 415 millions de dollars de réserves.
Et l'écart entre les deux partis est tout aussi saisissant. Les instances nationales du Parti républicain possédaient environ 126 millions de dollars fin août, contre 17 millions de dollars pour le Parti démocrate, qui en plus compte une dette supérieure à ses réserves de fonds.
Dans huit des neuf élections les plus disputées pour le Sénat, les républicains possèdent l'avantage en matière de budget publicitaire, selon AdImpact.
Le déséquilibre est particulièrement flagrant au Texas, où les républicains s'attendent à dépenser jusqu'à 200 millions de dollars en faveur de leur candidat Ken Paxton.
Son rival démocrate, James Talarico, mène dans les sondages, alors même que Donald Trump avait remporté le Texas de près de 14 points en 2024. Mais pour chaque dollar qu'il dépense, l'autre camp en dépense cinq, selon le média Texas Tribune.
- "Ça va mal" -
"Les républicains ont pris le contrôle des ondes", s'est réjoui récemment Mike Marinella, porte-parole du groupe de campagne des républicains à la Chambre des représentants.
La frénésie récente de dépenses à droite montre cependant à quel point le contexte politique s'est détérioré pour la majorité présidentielle.
La colère populaire autour du coût de la vie, aggravé par la guerre en Iran déclenchée par Donald Trump, force les républicains à dépenser plus qu'escompté dans certains Etats comme le Texas, l'Iowa, ou l'Ohio - tous remportés relativement aisément par Donald Trump en 2024.
Et pour Caroline Welles, ces dépenses tardives ont moins de chances de faire changer les esprits que si elles étaient intervenues plus tôt dans la campagne.
L'ex-responsable démocrate prend l'exemple de 2006 et 2018, quand le Parti républicain avait levé bien plus de fonds que les démocrates. Ces derniers avaient pourtant alors fait basculer respectivement 31 et 41 sièges à la Chambre.
La crainte persiste cependant à gauche de voir les républicains inonder l'espace médiatique.
"Ça va mal", s'est alarmé récemment Chris Pappas, candidat démocrate au Sénat dans le New Hampshire, dans un message d'appel aux dons où il s'est lamenté de l'écart financier avec son adversaire républicain.
"On est forcés de courir après notre retard", a-t-il ajouté.
L.Bernasconi--GdR