Giornale Roma - Marc Bloch, l'historien résistant, entre au Panthéon

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Marc Bloch, l'historien résistant, entre au Panthéon
Marc Bloch, l'historien résistant, entre au Panthéon / Photo: Philippe LOPEZ - AFP/Archives

Marc Bloch, l'historien résistant, entre au Panthéon

Emmanuel Macron fait entrer mardi au Panthéon l'historien Marc Bloch, soldat et résistant assassiné par la Gestapo, lors d'un hommage à l'auteur de "L'Etrange défaite" sur la débâcle de 1940, qui résonne pour lui comme un avertissement contre le "conformisme" qui sape la "volonté française".

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Lors d'une cérémonie solennelle et ouverte au public dans la soirée, le chef de l'Etat va l'honorer "à la fois comme héros, combattant de la Résistance, intellectuel engagé et républicain, professeur historien, et comme conscience", a-t-il dit au Figaro lors d'une visite préparatoire lundi au temple des "Grands Hommes" de la République.

Il s'agit de la sixième panthéonisation du double quinquennat du chef de l'Etat, après celles de Simone Veil, l'écrivain Maurice Genevoix, Joséphine Baker, le résistant Missak Manouchian et Robert Badinter.

Juste après 21H00, des extraits du testament spirituel de Marc Bloch seront lus, et les cercueils de l'intellectuel et de son épouse Simonne Vidal - qui l'accompagnera à la demande de la famille - remonteront la rue Soufflot.

Les cercueils ne contiendront pas les corps, les descendants ayant souhaité que celui de l'historien continue de reposer dans un village de la Creuse. Celui de Simonne, morte à Lyon sous un faux nom en juillet 1944, n'a pas été retrouvé.

Ils renfermeront des objets symboliques, médailles, le testament spirituel de Marc Bloch en 1941, des photos et des lettres de son épouse à ses enfants, a précisé à l'AFP Suzette Bloch, petite-fille de l'historien.

Un portrait géant s'animera en différents tableaux entre les colonnes du Panthéon, accompagné d'un récit de sa vie, avant le discours présidentiel.

Marc Bloch est une référence intellectuelle souvent invoquée par Emmanuel Macron.

Fin 2024, en annonçant sa panthéonisation depuis Strasbourg, le président avait évoqué ce "témoin du désastre de 1940" -- l'amnistie conclue avec l'Allemagne nazie après la déroute de l'armée française -- qui "écrivit pour les générations à venir le récit de cette +Etrange défaite+, celle de notre volonté française émoussée par le conservatisme, endormie par le conformisme, amollie par la bureaucratie, délaissée par une partie de ses élites".

- "Antinationaliste" -

L'historien "dit quelque chose de notre époque", a déclaré Emmanuel Macron au Figaro. Il met en avant son rapport à la "vérité historique" alors que "le révisionnisme" est "partout".

"Marc Bloch fait écho à l'héritage des Lumières, une façon de concevoir l'homme centrée non pas sur le repli identitaire mais sur l'ouverture à l'autre, sur l'altérité", estime de son côté l'Elysée.

Une flèche en direction de l'extrême droite, dont la famille demandait qu'elle soit "exclue" de la cérémonie, en rappelant l'engagement "profondément antinationaliste" de l'historien.

Si le protocole républicain impose que les chefs de groupes parlementaires soient invités, Marine Le Pen ne viendra pas, demande déjà respectée pour Robert Badinter. L'eurodéputée Reconquête Sarah Knafo, initialement annoncée, sera aussi "retenue par d'autres obligations", a dit son entourage à l'AFP.

Marc Bloch, cofondateur de la revue des Annales d'histoire économique et sociale en 1929, a révolutionné l'étude de l'histoire en l'ouvrant à l'anthropologie, l'économie et la sociologie.

Médiéviste, il se penche aussi sur des sujets à la résonance très contemporaine, comme le mécanisme de propagation des rumeurs dans les "Rois thaumaturges".

Victime des lois antisémites de Vichy, l'universitaire, déjà mobilisé en 1914-1918, une nouvelle fois à sa demande en 1939, entre dans la clandestinité en 1943 à Lyon dans le mouvement Franc-Tireur.

Arrêté le 8 mars 1944, il est torturé par la Gestapo puis exécuté le 16 juin, avec d'autres détenus, au bord d'un champ en criant "Vive la France".

"Il représente la rencontre entre le courage - et même l'héroïsme lors des deux guerres - et la modération, un intellectuel engagé par ses recherches mais encarté dans aucun parti", souligne l'historien Patrick Boucheron dans Le 1 Hebdo.

La famille s'est opposée à toute "récupération communautaire" de ce juif athée, qui "n'avait foi qu'en une seule idée, la République", a-t-elle écrit dans une lettre au chef de l'Etat.

Une dernière panthéonisation avant la fin du quinquennat, en mai 2027, n'est pas exclue. "Nous verrons bien en fonction des débats qui se déroulent aujourd'hui dans la société", relève un conseiller présidentiel alors qu'une pétition circule pour faire entrer au Panthéon Samuel Paty, professeur assassiné en 2020 par un islamiste radical.

L.Costa--GdR