Rejoint par les étudiants, le mouvement lycéen se tend : Lecornu convoque une cellule de crise
Proviseurs agressés, policiers ou manifestants blessés, incendies... Le mouvement de blocage des lycéens, rejoint par les étudiants pour demander davantage de moyens, semblait s'enflammer jeudi dans plusieurs grandes villes de France, contraignant le Premier ministre Sébastien Lecornu à convoquer une cellule de crise.
En tout, 340 actions étaient en cours dans la matinée devant des lycées et 169 blocages ont été comptabilisés, selon les remontées policières. En Ile-de France, plus de 200 lycées étaient perturbés, dont une cinquantaine "le théâtre de violences, d’affrontements et de dégradations", selon la Région.
Face à ces violences, le garde des Sceaux Gérald Darmanin réunira en visioconférence à 17H30 les 36 procureurs généraux pour "faire un point sur la fermeté de la réponse pénale" qu'il souhaite.
En Normandie, deux proviseurs ont été la cible d'"agressions", selon l'académie. Tout comme la cheffe d'étalissement d'un lycée à Ingré, près d'Orléans, selon le rectorat. Ou encore le proviseur d'un lycée professionnel du Pas-de-Calais, ciblé par un "pétard allumé", selon le parquet de Béthune.
A Marseille, le proviseur adjoint et deux autres personnels du lycée Victor Hugo ont été éclaboussés par des "individus qui mettaient de l’essence dans des conteneurs", a précisé le rectorat. Les transports publics de la ville ont été interrompus.
A Perpignan, où six lycées ont été bloqués, une jeune fille a été blessée à la tête durant la manifestation en centre-ville par un projectile venant de la foule, selon la police. A Carcassonne, ce sont deux policiers qui ont été légèrement blessés, selon la préfecture. A Paris, c'est un policier municipal qui a été blessé par des jeunes qui s'en sont pris à son véhicule, a déploré le maire PS de la capitale Emmanuel Grégoire sur X.
Des incidents violents ont également eu lieu à Besançon, et à Toulouse où des jeunes ont envahi certaines artères et les rails du tramway, bloquant complètement la circulation en certains points.
A Strasbourg, la circulation des trams a été interrompue pour "limiter les mouvements des manifestants".
"On manifeste contre les classes surchargées, contre ce gouvernement qui (...) n'investit pas dans du chauffage, des climatisations, les salaires de nos profs", a expliqué à l'AFP Maëlle, lycéenne de 16 ans au lycée Malherbe de Caen. "Certains ont mis le feu à des poubelles, je préférerais qu'ils manifestent par des mots plutôt que par ces actions".
Appelant à un "acte deux" après la première mobilisation nationale de mardi, les étudiants ont rejoint le mouvement jeudi, avec une trentaine de campus bloqués, selon le syndicat l'Union étudiante.
Des collèges ont aussi rejoint le mouvement, comme dans le Rhône où la préfecture en a comptabilisé 5 sur 36 établissements mobilisés.
- "Ligne rouge" -
Sébastien Lecornu a convoqué une réunion de crise jeudi à 13H00 au ministère de l'Intérieur et demandé à ses ministres de renoncer à leurs déplacements dans les prochains jours pour que les préfets puissent se concentrer sur la gestion du mouvement.
Le Premier ministre avait dénoncé lundi sur le réseau X une "surenchère irresponsable" d'élus de la France insoumise qui avaient appelé, comme le député Louis Boyard, à "étendre" le mouvement de blocage des lycées.
Le leader LFI Jean-Luc Mélenchon lui avait aussitôt répondu en l’accusant d'avoir "ordonné la répression" du mouvement "avec un arrière-goût raciste évident" et en appelant élus et militants Insoumis à s'"interposer partout où" ils le peuvent.
"Nous avons dépassé une ligne rouge. On éborgne la jeunesse comme ils ont fait avec les gilets jaunes", a réagi auprès de l'AFP Ryad Rani, président de l'Union syndicale lycéenne (USL), que ces annonces n'ont pas calmé.
Les politiques ont multiplié les réactions face à la gestion du mouvement: le patron du PS Olivier Faure a fustigé "l'irresponsabilité du gouvernement" tandis que Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle, a appelé à faire interdire LFI.
"Il ne faut pas non plus que la police agisse sans discernement, on parle de gamins en face d’eux", a estimé Arnaud Deslandes, maire PS de Lille, présent à la manifestation en centre-ville, condamnant néanmoins les violences et dégradations imputées aux manifestants.
Trois enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN, la police des polices, après que des lycéens ont été blessés lors de blocages d'établissements. Mercredi, à Tours, un jeune homme a été blessé à la tête et hospitalisé pour des lésions "compatibles" avec un tir de LBD, selon le parquet de la ville.
"Il y a un usage très proportionnel" des "armes intermédiaires", notamment du gaz lacrymogène, a cependant assuré le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
Pendant que les lycéens se mobilisaient, le gouvernement a présenté jeudi matin son projet de budget, prévoyant notamment de faire payer 178 euros de droits annuels en BTS aux étudiants non boursiers , 270 euros pour ceux en classes préparatoires aux grandes écoles.
"Est-ce que M. Lecornu est un pyromane ?", a réagi Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, parlant de "provocation supplémentaire".
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E.Mazza--GdR