Bourses mondiales: la flambée des taux plombe l'Europe, Wall Street résiste
L'envolée des rendements obligataires en Europe a fait souffrir jeudi les marchés boursiers du Vieux Continent, tandis que Wall Street a bénéficié au contraire d'un repli des taux américains.
"La hausse des prix de l'énergie et la progression continue des rendements obligataires poussent de plus en plus les investisseurs hors du marché actions", résume Andreas Lipkow de CMC Markets.
Le taux d'emprunt français à dix ans est monté dans la journée jusqu'à 4,96%, un record depuis 2002, avant de redescendre à 4,91% en marge de la présentation du budget 2027 qui met en avant 43 milliards d'euros de "mesures de redressement" des finances publiques.
Le taux d'emprunt de la dette du Royaume-Uni à 10 ans a grimpé jusqu'à 5,50%, un nouveau plus haut depuis 2007, et celui à 30 ans a dépassé le seuil des 6% pour la première fois depuis 1998.
Les taux remontent d'abord face aux risques d'inflation alimentée par la hausse des prix de l'énergie avec la guerre au Moyen-Orient.
Le prix du baril de Brent a gagné 4,37% à 102,31 dollars jeudi. Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, a progressé de 2,71% à 92,87 dollars.
"On a vraiment une relation entre le pétrole et les taux", estime Bastien Drut, responsable de la stratégie pour CPR Assset Management.
Dans ce contexte, la Bourse de Paris a terminé en nette baisse (-1,62%) comme les autres grands marchés européens.
Francfort a perdu 1,03% et Londres a lâché 1,68%. Milan a également subi une sévère correction (-2,21%).
- La France sur le grill -
"Le deuxième élément, c'est la situation en général dégradée des finances publiques dans les pays développés", ajoute M. Drut, joint par l'AFP.
Les marchés surveillent plus particulièrement la France qui cumule les signaux inquiétants : dette à 119% du PIB, 340 milliards d'emprunts de l'Etat annoncés pour 2027, gouvernement sans majorité parlementaire, campagne électorale qui creuse les clivages sur les questions économiques...
La "signature de la France est solide", a rappelé jeudi le ministre français de l'Économie Roland Lescure. "J'en veux pour preuve l'adjudication (émission de titres pour emprunter, ndlr) qui vient de se terminer ce matin : 12 milliards d'euros d'adjudication, une demande très importante".
- Les taux américains baissent -
A contre-courant des marchés obligataires européens, les rendements américains se sont eux détendus de manière inattendue.
Après avoir touché jusqu'à 5,34% en séance jeudi, un niveau plus vu depuis 2002, le rendement des emprunts de l'Etat américain à dix ans a finalement nettement reflué, évoluant autour de 5,25% vers 21H00 GMT.
"Les rendements obligataires ont atteint de tels niveaux que les investisseurs y voient peut-être un point d'entrée intéressant pour sécuriser des taux inédits depuis des décennies", estime auprès de l'AFP Sam Stovall, analyste de CFRA.
Wall Street a été rassurée par cette détente : après une ouverture dans le rouge, l'indice élargi S&P 500 s'est octroyé 0,19% tandis que l'indice Nasdaq et le Dow Jones ont terminé proche de l'équilibre, grappillant tous les deux 0,04%.
- Micron recherché -
La place new-yorkaise a aussi quelque peu profité de "la solidité du secteur technologique", selon les experts de Briefing.com.
En baisse en début de séance, le spécialiste des puces Micron a finalement été porté par ses bons résultats trimestriels publiés la veille.
L'entreprise a dévoilé des prévisions nettement supérieures aux attentes, faisant état d'une forte demande pour les puces mémoire destinées au développement de l'intelligence artificielle (IA).
Le titre Micron a gagné 3,03% à 1.097,39 dollars.
Il a emporté dans son sillage certains géants du secteur des semi-conducteurs, à l'image de Nvidia (+1,09%), AMD (+0,65%), SK hynix (+5,08%) ou TSMC (+0,67%).
G.Pozzi--GdR