Dettes des Etats: les taux plombent les marchés boursiers
L'envolée mondiale des taux d'intérêt a plombé les Bourses jeudi, nourrie par la hausse des prix du pétrole, le surendettement des Etats en compétition avec les géants de l'IA pour l'accès aux capitaux.
"La hausse des prix de l'énergie et la progression continue des rendements obligataires poussent de plus en plus les investisseurs hors du marché actions", résume Andreas Lipkow de CMC Markets.
En ce début octobre, les investisseurs ont en effet toutes les raisons de préférer les rendements des obligations qui battent des records, à celui plus risqué du marché des actions.
Vers 16H00 GMT, le taux à dix ans des États-Unis s'établissait à 5,24% après une pointe à 5,34%, un sommet depuis 2002.
Autre record depuis 2002, le taux d'emprunt français à dix ans est monté dans la journée jusqu'à 4,96%, avant de redescendre à 4,91% en marge de la présentation du budget 2027 qui met en avant 43 milliards d'euros de "mesures de redressement" des finances publiques.
Le taux d'emprunt de la dette du Royaume-Uni à 10 ans a grimpé jusqu'à 5,50%, un nouveau plus haut depuis 2007, et celui à 30 ans a dépassé pour la première fois le seuil des 6% depuis 1998.
Les taux remontent d'abord face aux risques d'inflation alimentée par la hausse des prix de l'énergie avec la guerre au Moyen-Orient.
Vers 16H00 GMT, le Brent accélérait sa hausse et repassait le seuil des 100 dollars le baril (101,69 dollars, +3,73%). Le WTI américain s'échangeait à 92,81 dollars le baril (+2,64%).
"On a vraiment une relation entre le pétrole et les taux français, allemand, américain", selon Bastien Drut, responsable de la stratégie pour CPR Assset Management.
- La France sur le grill -
"Le deuxième élément, c'est la situation en général dégradée des finances publiques dans les pays développées", ajoute-t-il joint par l'AFP.
Les marchés surveillent plus particulièrement la France qui cumule les signaux inquiétants: dette à 119% du PIB, 340 milliards d'emprunts de l'Etat annoncés pour 2027, gouvernement sans majorité parlementaire, campagne électorale qui creuse les clivages sur les questions économiques...
La "signature de la France est solide", a rappelé jeudi le ministre français de l'Économie Roland Lescure. "J'en veux pour preuve l'adjudication qui vient de se terminer ce matin : 12 milliards d'euros d'adjudication, une demande très importante".
- Les Bourses subissent malgré la tech -
La Bourse de Paris a terminé en nette baisse (-1,62%) comme les autres grands marchés européens malgré la forte progression de Cap Gemini (logiciels et services informatiques +7,38%) profitant des bons résultats d'Accenture aux Etats-Unis.
Francfort a également reculé (-1,03%) de même que Londres (-1,68%) malgré la progression de ses deux grandes valeurs pétrolières (BP +1,40% et Shell +0,55%) annulée par le recul de Games Workshop, le célèbre fabricant de figurines (-6,25%).
Milan a également subi une sévère correction (-2,21%) avec un recul des banques et services financiers (Mediolanum -4,30%, Mediobanca -4,23%, Unicredit -4,07%).
Après une ouverture en hausse ou à l'équilibre, les trois indices de Wall évoluaient dans le rouge vers 16H20 GMT (Dow Jones -0,23%, Nasdaq Composite -0,19%, S&P 500 -0,14%).
Le Nasdaq avait pourtant été propulsée par un regain d'intérêt pour les valeurs liées à l'IA, après les bons résultats du spécialiste des puces Micron qui a annoncé des prévisions supérieures au consensus des analystes.
"Lorsqu'on regarde les grands indices américains fortement pondérés en valeurs technologiques comme le S&P 500 ou le Nasdaq 100, on n'a pas vraiment l'impression que le marché boursier soit particulièrement faible", poursuit Fawad Razaqzada. Mais "d'autres indices comme le Russell 2000, composé de petites capitalisations, et le Dow Jones commencent à refléter cette faiblesse".
- L'euro au plus bas face au dollar depuis mai 2025 -
Sur le marché monétaire, l'euro était au plus bas face au dollar depuis près de 18 mois à 1,1229 dollar pour un euro contre 1,133 dollar la veille.
Cela s'explique "parce que les taux montent partout mais en particulier aux Etats-Unis" et "parce que la croissance économique est bien plus forte que prévu" aux Etats-Unis, d'après Bastien Drut.
C.Ricci--GdR