Moyen-Orient: les marchés mondiaux chamboulés par des attaques sur les infrastructures énergétiques
La guerre au Moyen-Orient a encore bousculé les investisseurs jeudi, les frappes iraniennes sur des sites de production d'hydrocarbures dans le Golfe provoquant une nouvelle hausse des prix de l'énergie et un repli des Bourses.
"Le conflit avec l'Iran s'est intensifié (...), les attaques contre des installations énergétiques stratégiques faisant grimper le prix du brut et ravivant les inquiétudes géopolitiques sur l'ensemble des marchés", souligne Jose Torres, d'Interactive Brokers.
"La situation pourrait dégénérer de manière spectaculaire", prévient Ed Hirs, chercheur à l'université de Houston.
Ciblé par des vagues de frappes successives, le plus important site de gaz naturel liquéfié (GNL) du monde, situé au Qatar, a subi des "dégâts considérables", selon la société publique QatarEnergy.
D'autres infrastructures clés au Moyen-Orient, dont plusieurs raffineries, ont aussi été la cible d'attaques.
L'annonce de ces frappes a propulsé de 35% en début de séance le cours du TTF néerlandais, référence européenne du gaz, à des niveaux jamais vus depuis janvier 2023, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022.
L'envolée s'est calmée en fin de journée, et le mégawattheure de gaz s'est finalement renchéri de 13,15% à 61,85 euros.
"L'escalade géopolitique a franchi un nouveau cap", note l'analyste John Plassard, responsable de la stratégie d'investissement de Cité Gestion Private Bank, qui parle d'"un basculement vers une guerre énergétique totale".
- "Sécurité" à Ormuz -
Sur le marché du pétrole, le baril de Brent, référence internationale, a bondi jusqu'à près de 120 dollars, avant de largement modérer sa course.
Il a finalement gagné 1,18% à 108,65 dollars.
Son équivalent américain, le baril de WTI, a perdu 0,19% à 96,14 dollars, après avoir brièvement dépassé en séance le seuil symbolique des 100 dollars.
L'Organisation maritime internationale (OMI) a demandé jeudi la création d'"un corridor maritime sûr" pour évacuer les navires bloqués dans le Golfe, condamnant la fermeture du crucial détroit d'Ormuz par l'Iran, dans une déclaration adoptée par ses Etats membres.
Juste avant cet appel, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas et le Japon s'étaient dit prêts dans un communiqué conjoint "à contribuer aux efforts appropriés visant à garantir la sécurité de la traversée du détroit", par où transite habituellement un cinquième du pétrole et gaz mondiaux.
Par ailleurs, les prix des métaux précieux et industriels ont dévissé jeudi, la guerre au Moyen-Orient risquant de doper l'inflation et de freiner la croissance mondiale, et donc la demande pour les métaux.
- L'inflation en ligne de mire -
"Les marchés des actions sont actuellement mus par la peur", renchérit Neil Wilson, analyste de Saxo Markets
Une hausse des cours du pétrole résulte généralement en un recul des indices boursiers, face à la perspective d'une hausse généralisée des prix.
En Europe, les principales places ont terminé en forte baisse. Paris a cédé 2,03%, Francfort a lâché 2,82% et Londres 2,35%, Milan a perdu 2,32%.
A Wall Street, les cours ont connu un recul plus modéré, aidés en fin de séance par des propos du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu assurant que la guerre "finira plus tôt que les gens ne le pensent".
Le Dow Jones a perdu 0,44% tandis que les indices Nasdaq et S&P 500 ont tous deux reculé de 0,28%.
Ces deux derniers jours, les banques centrales des Etats-Unis, du Japon, d'Angleterre et de l'Union européenne ont toutes annoncé un statu quo sur leurs taux.
Elles ont aussi "toutes réévalué les risques liés aux prix de l'énergie", souligne Kathleen Brook, "provoquant une forte hausse des rendements et une volatilité sans précédent" sur le marché de la dette d'Etat.
Vers 21H00 GMT, sur le marché obligataire, le rendement à échéance dix ans des emprunts allemands, la référence en Europe, évoluait à 2,95%, contre 2,94% à la clôture mercredi. Son équivalent français évoluait à 3,63% contre 3,60% mercredi.
L'échéance à dix ans américaine s'échangeait à 4,25% contre 4,28% la veille.
A.Serra--GdR