Giornale Roma - Blocages lycéens: une mobilisation "partie du bas", accélérée par les réseaux sociaux

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Blocages lycéens: une mobilisation "partie du bas", accélérée par les réseaux sociaux
Blocages lycéens: une mobilisation "partie du bas", accélérée par les réseaux sociaux / Photo: BERTRAND GUAY - AFP/Archives

Blocages lycéens: une mobilisation "partie du bas", accélérée par les réseaux sociaux

Hashtags, vidéos partagées et boucles de messagerie privée... Les réseaux sociaux ont joué un rôle de catalyseur dans le mouvement des lycéens, estime la sociologue Valérie Becquet, dans un entretien avec l'AFP.

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Co-autrice de "Géopolitique de la jeunesse" (éd. Cavalier bleu, 2024), elle explique en quoi TikTok et Snapchat font partie d'une "panoplie d'outils" permettant aux lycéens de fédérer et d'exposer leurs points de vue.

Le mouvement avait démarré le 17 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil, en soutien aux professeurs en grève contre le manque de personnel et de moyens. Il a ensuite pris de l'ampleur et s'est étendu progressivement dans le pays cette semaine, avec des centaines d'établissements perturbés.

Question : Qu'est-ce qui a poussé les lycéens à se mobiliser ?

R : Ils dénoncent les conditions d'enseignement, d'études, de formation, mais aussi le manque de personnel enseignant. Les lycéens, en particulier ceux des quartiers populaires, ont le sentiment d'avoir une sous-formation. Il y a des injustices extrêmement importantes entre les différents élèves et établissements et c'est un vrai problème. On parle aussi de Parcoursup, cette machine qui produit et renforce certaines inégalités.

Le recours au blocus, c'est un outil protestataire qui n'est pas nouveau. Les élèves utilisent toute la panoplie des outils disponibles : les pancartes avec des slogans, le blocus et les réseaux sociaux.

Q : Les blocages ont donné une impression de spontanéité...

R : Je pense que cela tient au fait que la mobilisation n'a pas été enclenchée par une organisation syndicale lycéenne, par exemple. Ça reste un mouvement qui part du bas. Ce qu'on a pu observer, c'est un effet domino : un établissement, deux établissements et d'autres qui prennent le relais en soutien ou en se reconnaissant dans ce qui est dit.

On voit aussi les effets d'accélération avec les réseaux sociaux : "nous aussi on veut être partie prenante de cette mobilisation". Il y a aussi une dimension réactionnelle, émotionnelle, de solidarité... Les lycéens se sentent concernés. Et c'est comme ça que ça prend le relais à différents endroits et que ça crée un mouvement.

Q : Quel rôle ont joué les réseaux sociaux ?

R : Au début, ils permettent de mobiliser. On utilise des hashtags pour donner à voir, mobiliser, médiatiser, de manière à ce qu'il y ait de plus en plus d'établissements qui rejoignent le mouvement.

Ensuite, il y a une forme de structuration. Le fait de discuter (dans des groupes de discussions), de partager ses expériences... on est déjà dans un mouvement qui s'organise. Les lycéens sont nés avec les réseaux sociaux et mettent au service du mouvement des pratiques, des usages qui sont déjà présents dans leur quotidien.

Avec les réseaux sociaux, ils peuvent proposer un autre récit que celui proposé dans les médias traditionnels, un récit qui n'est pas construit : on allume son téléphone, on fait une vidéo, on la poste. Il n'y a pas d'intermédiaire, de conférence de rédaction, c'est du direct.

Q : Certains ont vu une instrumentalisation de LFI. Qu'en pensez-vous ?

R : Les jeunes n'ont pas du tout besoin de LFI pour se mobiliser. Je trouve ces accusations très insultantes, mais ça fait 25 ans que je les entends ! Quand des lycéens ou des étudiants se mobilisent, il y a systématiquement des arguments de disqualification qui invisibilisent la pertinence du mouvement et les revendications.

C'est une vision très adultiste de ce que signifie être politisé et considérer qu'il faut être un adulte pour l'être. Cela reflète l’existence de rapports de domination entre les jeunes et les adultes.

"Politisé" signifie aussi avoir un intérêt pour le champ politique au sens large, dont les questions sociales, environnementales, etc. Cela n'implique pas d'être de gauche ou de droite, ou encore d'être encarté dans un parti politique.

E.Barbieri--GdR